Narbonne : une nécropole romaine d’une « importance exceptionnelle » mise à jour

access_time Publié le 17/04/2024.

Des fioles en verres retrouvées sur le site - DR Cyril Durand

C’est une découverte « d’une importance capitale » à la portée internationale, un « ensemble funéraire antique exceptionnel ». Les superlatifs ne manquent pas dans les discours des officiels et des archéologues, ce mercredi 17 avril au musée Narbo Via, lors de remise officielle de la fouille de la nécropole de la Robine. Des hyperboles légitimes au regard de la teneur de l’opération et de sa contribution à la connaissance de l’antiquité romaine. « Cette fouille est une référence d’un point de vue européen et méditerranéen », explique, non sans émotion, Dominique Garcia, président de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), devant un large auditoire composé d’officiels et de journalistes.

Des fouilles hors norme

Cette cérémonie intervient après des fouilles hors norme, réalisée sur 5 000 m2 entre 2017 et septembre 2020, en amont de la construction d’immeubles d’habitation sur les berges de la Robine, à côté de ce musée régional consacrée à la romanité, Narbo Via, inauguré en 2021. Durant dix-huit mois, 160 agents de l’Inrap (techniciens, spécialistes, agents administratifs) sous l’autorité de Valérie Bel, se sont relayés sur ce chantier pour mettre à jour 1880 structure dont 1 430 sépultures au sein d’un quartier funéraire du Haut-Empire romain (entre la fin du 1er siècle avant J.-C. et le début du 3e siècle après J.-C.) « remarquablement bien conservé », souligne la responsable des recherches.

Vue de drone de la nécropole antique de Narbonne – © Denis Gliksman, Inrap.

L’opération, « de part son ampleur », a bénéficié d’un budget de 7, 5 millions d’euros(1). « Un financement qui, au regard du caractère majeur du site, était véritablement justifié et d’intérêt général », estime le préfet de la région Occitanie, Pierre-André Durand.

Un site sans équivalent

« C’est un ensemble funéraire antique exceptionnel, poursuit Valérie Bel. Cette découverte constitue pour les archéologues et les historiens de l’antiquité un site de référence pour la connaissance des pratiques funéraires sans équivalent en Gaule et même, d’un certain point de vue, pour l’ensemble du monde romain occidental. » Les fouilles d’une vie pour cette archéologue :

Située à environ 700 mètres à l’est de la ville antique Narbo Martius, la première colonie romaine en Gaule fondée en 118 avant J.-C., au croisement de deux voies, la nécropole a été retrouvée sous près de 3 mètres des limons de débordement du fleuve Aude, ce qui explique son état de conservation remarquable. « Le nombre et la diversité des structures funéraires témoigne d’une très grande diversité des pratiques funéraire », souligne l’Inrap.

Dépôt d’os crémés en coffrage d’imbrices (tuiles) découvert dans une tombe.
© J.-P Brulé, Inrap

La crémation (1166 structures, soit environ 80% des sépultures) est le mode de traitement funéraire le plus répandu, tandis que l’inhumation, moins coûteuse, est attestée tout au long de l’occupation du site (266 tombes, dont une moitié appartient à des enfants).

L’étude se prolonge en laboratoire

L’étude de ce quartier funéraire se prolonge en laboratoire depuis le départ du terrain en décembre 2020 pour permettre la restitution du terrain à l’aménageur. Cela a d’ores et déjà permis de mettre en évidence que le mode d’inhumation est lié à l’âge du défunt : les adultes se faisaient enterrer dans des cercueils en bois tandis que les enfants sont placés dans des coffrages ou des fosses fermées par une couverture.

Les chercheurs ont également étudié les bûchers et résidus de crémation conservés dans des vases ossuaires (en céramique, pierre ou verre, ainsi que, dans un cas, dans un coffre ossuaire en marbre décoré). Incinérés ou inhumés, « les défunts sont régulièrement accompagnés de vases pour la boisson, de balsamaires et de lampes. Parmi les résidus du bûcher, on trouve également des restes alimentaires carbonisés (notamment des restes végétaux : dattes, figues, céréales, pains) probablement liés au repas funéraire symboliquement partagé entre la famille et le défunt », indique l’Inrap.

Des milliers de pièces pour enrichir le musée

Ce mobilier archéologique, autrement dit les objets retrouvés lors des fouilles, vient enrichir les collections du musée Narbo Via et sera exposé au public en 2026. « Ce morceau du patrimoine narbonnais sera préservé par ces nombreux objets [des dizaines de milliers] mais aussi par une somme considérable de données recueillies susceptibles de répondre à toutes sortes de questions sur les personnes qui ont fréquenté cette nécropole et sur les relations qu’elles entretenaient avec leurs défunts », souligne Valérie Bel.

Un avenant à la convention entre l’EPCC et l’Etat, propriétaires des biens archéologiques mobiliers,
a été signé ce mercredi 17 avril, au musée Narbo Via.

« Au fil des fouilles, la qualité, l’état de conservation et la richesse n’ont cessé d’étonner et les superlatifs ne sont dès lors pas outranciers pour décrire à quel point cette découverte est majeure pour le sud de l’Europe romanisé », conclut le préfet de la région Occitanie, Pierre-André Durand. De quoi rendre à César ce qui appartient à Narbo Martius, cette colonie romaine de premier rang en Gaule aujourd’hui dénuée de monuments romains d’ampleur contrairement à des villes comme Nîmes ou Orange, pourtant bien moins influentes durant l’antiquité. La « ville antique sans antiquité », une expression souvent entendue durant cette cérémonie, prend sa revanche sur le passé à présent.

Texte, photos (sauf indications) et vidéo : Cyril Durand.

(1) Du fait d’un surcoût résultant de la pandémie de Covid, le montant total des fouilles s’élève à 7 500000 € HT, réparti entre l’État (2 900 000 € de Fonds national pour l’archéologie préventive [FNAP] plus 1 250 000 € au titre du plan France relance), les collectivités territoriales (Région Occitanie : 800 000 € ; Département de l’Aude : 300000 € ; Grand Narbonne : 800 000 € ; Ville de Narbonne : 800 000 €) et la SEM Alénis (650 000 €).

Le musée de Spi-K-Tri © Cyril Durand.
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