Nos rues ont une histoire : Joséphine Baker

access_time Publié le 20/10/2022.

Elle est la sixième femme à reposer au Panthéon et la première femme noire. Joséphine Baker, la plus française des américaines et inversement, est l’une des rares femmes dont le nom est arboré dans nos rues. A Carcassonne notamment, où la rue Joséphine Baker est située à proximité de la zone commerciale Rocadest. Mais que savons-nous réellement de la vie et du parcours de cette icône hors du commun ?

L’odonymie est l’étude des noms propres désignant une rue, une route, une place, un chemin ou une allée. Et cette semaine dans notre rubrique « Nos rues ont une histoire », à l’occasion d’Octobre Rose, nous nous sommes penchés sur le cas d’une personnalité féminine.

Joséphine Baker est un nom très évocateur. Artiste incontournable des années folles, elle fut également une résistante de premier plan à l’efficacité redoutable, au service de la France et des Alliés. Voyons ainsi plus en détails le parcours de celle qui avait deux amours : son pays et Paris…

Née Freda Joséphine McDonald

L’histoire commence bien loin de Paris et de son Panthéon. Née le 3 juin 1906 à Saint-Louis dans l’état du Missouri aux Etats-Unis, Joséphine est d’ascendance espagnole, afro-américaine et amérindienne. Fille d’un père qui l’abandonnera alors qu’elle n’avait qu’un an, sa mère Carrie MacDonald rencontrera Arthur Martin, un ouvrier avec qui elle se mariera.

Trois enfants supplémentaires naîtront de cette union : Richard, Margaret et Willie Mae. Malgré son jeune âge, Joséphine n’a d’autres choix que de travailler en parallèle de l’école pour subvenir aux besoins de l’ensemble de sa famille. A peine âgé de 13 ans, elle épousera alors Willie Wells.

Une union qui ne durera pas plus d’une année, Joséphine qui danse depuis qu’elle est toute petite, a entre-temps intégré plusieurs troupes d’artistes itinérantes dont les Dixie Steppers, avec qui elle part en tournée. C’est lors d’une date à Philadelphie que l’artiste rencontre celui qui deviendra son deuxième mari, un autre Willie, Baker cette fois, avec qui elle s’installe en 1921 et dont elle conservera le nom.

Elle se lance à Broadway à 16 ans

La jeune Joséphine a beaucoup d’ambition à revendre. Alors qu’elle quitte son second époux, elle part à 16 ans à New-York tenter sa chance. Après de multiples échecs et refus, elle entre finalement au Plantation Club, où elle fera la rencontre déterminante de Caroline Dudley Reagan. Epouse de l’attaché commercial de l’ambassade américaine à Paris, Donald J. Reagan, cette dernière voit alors en Joséphine Baker un grand potentiel. 

Elle se voit proposer d’être la vedette d’un nouveau spectacle qui doit avoir lieu en France, la « Revue nègre ». Débarquée à Cherbourg le 2 octobre 1925, elle passe en première partie au théâtre des Champs-Élysées et fait rapidement salle comble. Quasiment nue, vêtue d’un simple pagne, elle danse le charleston, au rythme des tambours. Elle y interprète un tableau baptisé La Danse sauvage.

Et contrairement à ce que la description du spectacle peut laisser supposer, c’est bien une critique de la civilisation blanche et de sa gestion des colonies qui est abordée, et le traitement réservé aux gens de couleur. Pour autant, celle qui aux Etats-Unis se sentait comme étouffée, « estimant qu’il n’y avait pas de place pour les Noirs », se sentira comme « libérée à Paris » dans une France qu’elle juge moins raciste que les USA.

Des Folies Bergère à la chanson

En 1927, elle est l’une des têtes d’affiche des Folies Bergère. Rencontrant toujours plus de succès, elle se lance alors dans la chanson puis le cinéma. Son nouvel amant Giuseppe Abattino, avec qui elle restera près de dix ans jusqu’en 1936, incarnera à la fois son manager et son mentor, et contribuera grandement à son ascension.

En 1931, elle connaîtra la consécration avec sa chanson « J’ai deux amours », composée par Vincent Scotto. Si sa carrière cinématographique est plus mitigée en terme de succès, c’est bien sur les planches qu’elle triomphe. Militante engagée au sein du mouvement Renaissance de Harlem qui défend la cause des Noirs aux Etats-Unis, elle distribue également en France, au cours de la Grande Dépression, de la nourriture aux personnes âgées dans le besoin.

Après une tournée aux Etats-Unis en partie boudée par les Américains, elle rentre en France où elle rencontre Jean Lion, un riche courtier en sucre juif. Ce dernier, victime des persécutions antisémites de son époque, s’installe avec Joséphine en Dordogne en 1937. Cette dernière accédera d’ailleurs à la nationalité française grâce à ce mariage.

La Seconde Guerre mondiale et la Résistance

Alors qu’éclate le plus grand conflit de l’Histoire, Joséphine Baker ne restera pas inactive face aux événements. Celle qui écumait les scènes de music-hall va dorénavant mettre son talent au service des troupes au front. En parallèle, elle devient en septembre 1939 un agent du contre-espionnage français, sous la supervision de Jacques Abtey, chef du contre-espionnage à Paris.

Au sein de la haute société de la capitale qu’elle fréquente, Joséphine Baker glâne ici et là de précieuses informations. Alors que la guerre tourne à la déroute pour l’armée française, l’espionne s’engage l’année suivante dans les services secrets de la France libre.

En 1941, c’est au Maroc qu’elle s’installe. Elle y demeurera jusqu’en 1944. Véritable icône médiatique dont la voix porte des deux côtés de l’Atlantique, elle se lancera aux côtés des troupes alliées dans une longue tournée en jeep de Marrakech jusqu’à Damas. Une épopée avec un double objectif : soutenir le moral des troupes à travers ses représentations, tout en récoltant de précieuses informations auprès des officiels qu’elle rencontre.

Artiste sur scène, espionne en coulisse et pilote d’avion

L’agent Baker s’acquittera ainsi de missions avec certains procédés dignes de films hollywoodiens. Messages dissimulés dans des partitions musicales, microfilm caché dans son soutien-gorge lors d’une mission à Lisbonne contenant une liste d’espions nazis… Joséphine Baker sera d’une précieuse aide dans une guerre où l’information constitue une arme majeure.

Elle rencontrera notamment le général de Gaulle à Alger, qui lui offrira en reconnaissance une croix de Lorraine en or, qu’elle vendra aux enchères pour récolter des fonds au profit de la Résistance. Toujours à Alger, elle obtiendra son brevet de pilotage et intégrera officiellement les Forces aériennes françaises libres, avec le grade de sous-lieutenant.

Après le débarquement de Provence en 1944, elle chantera notamment à Belfort pour les troupes du général de Lattre de Tassigny. A la Libération, ses activités durant la guerre lui vaudront une multitude d’hommages et décorations. Elle se verra ainsi remettre la médaille de la Résistance française avec rosette, les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur et la Croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Militantisme et fin de vie difficile

Toute sa vie, Joséphine Baker aura eu à cœur la défense des droits civiques des Noirs et la lutte contre le racisme en général. De son engagement et suite à une fausse couche en 1941, suivie d’une hystérectomie, le couple qu’elle forme avec Jo Bouillon – son quatrième mari – aura pour projet l’adoption d’enfants de tous horizons.

L’objectif : prouver que des enfants de nationalités et de « races » différentes peuvent cohabiter. Ils adopteront ainsi douze enfants à travers le monde qui deviendront, selon ses dires, : sa « tribu arc-en-ciel ». Les années 60 mettront en lumières les difficultés que rencontera l’artiste. Criblée de dettes, elle est pratiquement ruinée et ne doit son salut qu’à l’aide de spectacles organisés spécialement pour la mettre en scène.

L’année 1975 marquera le crépuscule d’une carrière et d’une vie vouées à l’art et à l’Humanité. Ses 50 ans de carrière sont célébrés avec tous les honneurs à Paris, avec la rétrospective Joséphine à Bobino dont les dirigeants monégasques Rainier III et la princesse Grace figurent parmi les principaux financeurs. Les critiques sont unanimes et saluent l’œuvre artistique de l’icône.

Ultimes hommages et entrée au Panthéon

Le lendemain de sa 14e représentation, l’artiste sera victime d’une hémorragie cérébrale et tombera dans le coma. Elle s’éteindra deux jours plus tard, le 12 avril à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Joséphine Baker avait 68 ans. Elle recevra les honneurs militaires et des funérailles religieuses, elle sera enterrée au cimetière de Monaco.

Joséphine Baker, la « Vénus d’ébène », aura laissé dans les imaginaires de l’époque le portrait d’une artiste afro-américaine aux multiples facettes et talents, qui aura su parvenir à fuir la ségrégation raciale aux Etats-Unis pour conquérir la France et l’Europe entière. Une artiste engagée également dans les luttes sociales pour l’égalité mais aussi à travers la Résistance française, dans une période particulièrement troublée.

En 2021, suite à une pétition approuvée par près de 40 000 signataires, le président de la République Emmanuel Macron annonce ainsi son entrée au Panthéon, le jour du 84e anniversaire de sa naturalisation. Elle restera cependant inhumée au cimetière de Monaco, de sorte que le Panthéon ne sera pas son tombeau mais son cénotaphe.

(Ph. wiki)

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