Nos rues ont une histoire : Emile Zola

access_time Publié le 04/11/2022.

Au sein de notre rubrique, après Joséphine Baker, c’est dans la vie d’un autre illustre pensionnaire du Panthéon que nous nous plongeons. D’Emile Zola, nous aurons évidemment retenu son célèbre « J’accuse… » pendant l’affaire Dreyfus ou encore l’une de ses œuvres phares comme « Germinal ». Et si presque toutes les villes de France comportent une rue, école ou bibliothèque à son nom, que savons-nous réellement de la vie de celui qui aura marqué son époque par ses talents et son engagement de tous les instants ?

Emile Zola est un auteur majeur de la littérature française. Dans une lettre du 27 juin 1890 transmise à Jules Héricourt, un ami écrivain, celui qui se présentait comme minutieux et méthodique avait révélé les secrets de sa méthode d’écriture :

« Ma façon de procéder est toujours celle-ci : d’abord, je me renseigne par moi-même, par ce que j’ai vu et entendu ; ensuite, je me renseigne par les documents écrits, les livres sur la matière, les notes que me donnent mes amis ; et enfin, l’imagination, l’intuition plutôt, fait le reste. Cette part de l’intuition est chez moi très grande, plus grande, je crois, que vous ne la faites. Comme le disait Flaubert, prendre des notes, c’est être simplement honnête ; mais les notes prises, il faut savoir les mépriser. »

La vie de l’illustre Emile débute en 1840 dans la capitale française. Emile Edouard Charles Antoine Zola naquit le 2 avril. Son père François Zola, ingénieur de travaux publics, est né à Venise. Sa mère Emilie Aubert est originaire de Dourdan dans l’Essonne. Très tôt dans sa vie, une première tragédie viendra frapper la famille.

Ami de Cézanne, Mallarmé et Renoir

Alors qu’ils avaient déménagé à Aix-en-Provence, François décédera d’une pneumonie en 1847. Le petit Emile n’a alors que sept ans. Une épreuve qui marquera la vie de l’enfant, dont la relation avec la mère influencera une grande partie de son œuvre. Cette dernière, totalement démunie, s’occupera par la suite de son fils avec l’aide de sa mère et donc grand-mère d’Emile, Henriette Aubert.

Alors au collège à Aix-en-Provence, le jeune Emile Zola y fera la rencontre déterminante de Paul Cézanne. Si le premier amour d’Emile reste la littérature, Cézanne l’initiera notamment aux arts graphiques dont la peinture. Dès son plus jeune âge, l’auteur se passionne pour l’écriture et affirmera son ambition de voir sa plume reconnue.

A 18 ans, Emile a regagné Paris où il retourne vivre chez sa mère dans des conditions très modestes. Féru d’auteurs humanistes, il lit notamment Molière, Shakespeare et Montaigne. En parallèle, son intérêt pour la peinture s’aiguise. Il fait la connaissance d’Edouard Manet et du poète Stéphane Mallarmé et se lie d’amitié avec Auguste Renoir.

Mais Emile Zola sera doublement recalé au baccalauréat ès sciences en 1858 et 1859. Il sera marqué par ce double échec, notamment envers sa mère qu’il craint de décevoir, mais aussi d’un point de vue des perspectives professionnelles. En effet, le jeune auteur sait que la suite sera bien plus difficile sans diplôme.

Emile Zola, par son ami Edouard Manet (1868).

Premier véritable boulot chez la librairie Hachette et premier ouvrage

Après une courte expérience non concluante à travailler à la douane des docks, il entre en contact avec Louis Hachette qui l’embauche dans sa librairie. Il y apprendra toutes les techniques du livre et de sa commercialisation. Son premier livre Les Contes à Ninon (1864) sera édité par Hetzel. La même année, il fera la connaissance d’Eleonore Alexandrine Meley, qui deviendra par la suite son épouse.

Dès 1866, Zola a 26 ans et tient deux chroniques dans le journal L’Evenement. Il collaborera avec divers journaux tels que Le Figaro, Le Voltaire, ou Le Bien Public à Dijon. Critique littéraire, artistique ou dramatique, c’est en tant que journaliste politique que Zola marque le plus les esprits. Dans La Cloche, ses attaques très prononcées envers le Second Empire se font remarquer.

Alors qu’éclate le conflit franco-prussien, son statut de soutien de famille et sa myopie prononcée le rendent non mobilisable. Le couple quitte Paris en prévision du siège à venir, et s’installe à Marseille puis à Bordeaux. Ils retournent ensuite sur Paris en mars 1871, où Zola reprend son travail à La Cloche.

Au plus près des événements de la Commune

Entre-temps éclate à Paris l’insurrection de la Commune. Son journal, hostile aux communards, est fermé de force fin mars 1871, alors que Zola se voit arrêté et emprisonné durant une journée. Scandalisé et inquiet pour lui et sa femme, il quitte à nouveau Paris en passant par Saint-Denis, sous contrôle prussien.

Réfugié non loin dans les Yvelines, à Bennecourt, le couple regagnera finalement la capitale après l’écrasement de la Commune au cours de ce qui sera appelé la « Semaine Sanglante ». Des milliers de Parisiens périront lors des combats ou seront fusillés.

Une tragédie qui bouleversera l’époque, mais qui fera écrire à Zola un mois plus tard, à propos du peuple de Paris : « Le bain de sang qu’il vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur. »

Acerbe critique politique et auteur à succès bien entouré

S’il prend bien soin de toujours rester à l’écart du monde politique, Emile Zola n’en reste pas moins un homme engagé et un républicain convaincu qui n’hésite pas à critiquer les puissants tels que de Belcastel, de Broglie ou encore Thiers, ce qui lui vaut de nombreuses inimitiés.

Mais c’est dans le milieu des arts et de la culture, que Zola préfère s’entourer. Ils rencontrent les frères Goncourt, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet ou encore Guy de Maupassant. Une effervescence intellectuelle qui contribuera à sa production littéraire. En 1877, L’Assommoir connaît un succès considérable. Il permettra de soulager l’auteur de ses difficultés économiques et lui garantira une sécurité financière.

L’année 1881 sera en revanche très difficile pour l’auteur. La mort de Gustave Flaubert d’une soudaine attaque cardiaque puis, surtout, la disparition de sa mère la même année plongeront Zola dans la dépression. A la veille de la cinquantaine, Zola tombera amoureux de Jeanne Rozerot lingère engagée par sa femme pour les aider au quotidien.

De cette liaison, secrète pendant trois ans, naîtront deux enfants Denise en 1889 et Jacques en 1891. La difficulté de cette double vie est compensée par la satisfaction d’être père, chose impossible avec sa femme. Lorsque cette dernière l’apprend, le couple évite de peu l’implosion et parvient à trouver finalement un compromis.

La maison d’Emile Zola à Médan (Yvelines).

De maître du naturalisme à l’affaire Dreyfus

Avec les succès sont venus les honneurs. L’achèvement des Rougon-Macquart, entamé avec L’Assommoir s’était poursuivi avec Nana (1879) puis enfin Germinal (1885). Considéré comme un maître du style naturaliste, l’auteur est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1888, il a alors 48 ans.

Alors que l’antisémitisme progresse en France et en Europe, Emile Zola s’engage en prenant la défense des Juifs. L’année suivante, en 1894, éclate alors l’affaire Dreyfus. Le romancier s’implique personnellement à la défense d’Alfred Dreyfus, qui aurait trahi la nation en ayant fourni des informations à l’Empire allemand.

Par une succession de pamphlets, Zola donne un écho retentissant à cette affaire alors que Dreyfus est condamné à l’emprisonnement et la déportation à perpétuité. C’est dans le journal L’Aurore que Zola publiera sa lettre ouverte au président de la République française, Félix Faure. Son célèbre J’accuse…! en 1898, suite à l’acquittement du véritable coupable Walsin Esterhazy, lui vaudra un passage devant le tribunal. Il écopera quant-à-lui de la peine la plus lourde, soit un an de prison et 3 000 francs d’amende.

Exil à Londres, réhabilitation et fin prématurée

Après la condamnation de l’innocent Dreyfus et de l’acquittement du coupable Esterhazy, Zola paie également le prix pour s’en être pris à l’armée et à l’institution judiciaire. Il s’exilera de lui-même à Londres pour échapper à la prison. Mais l’opinion s’est dorénavant emparée de l’affaire, et la pression est devenue trop importante. Un nouveau jugement aura donc lieu.

Et au grand dam de Zola, Dreyfus sera une nouvelle fois condamné. A dix ans de prison avec circonstances atténuantes cette fois, même si le président Emile Loubet lui accorde la grâce présidentielle. Et si l’écrivain a depuis regagné la France après onze mois d’exil, il ne verra jamais l’innocence de Dreyfus être finalement reconnue, en 1906.

Alors qu’il s’attèle à l’écriture d’un nouveau cycle Les Quatre Evangiles, les deux premiers Fécondité (1899) et Travail (1901) ont déjà été publiés. Mais dans la nuit du 28 septembre 1902, Emile et Alexandrine Zola sont intoxiqués par la combustion lente résiduelle d’un feu couvert, produite par la cheminée de leur chambre.

Entrée au Panthéon

Si sa femme survit, Emile en revanche lui succombera. Véritable accident ou attentat d’anti-dreyfusards qui auraient bouché la cheminée, toujours est-il que l’enquête n’aboutira sur aucune certitude. C’est ainsi que s’achève donc l’histoire d’un homme de 62 ans, qui aura marqué son temps par sa plume et son engagement républicain.

Le retentissement de sa mort sera immense. Alors que les cendres de Zola sont transférées au Pantheon en 1908, lors de la cérémonie le journaliste d’extrême-droite Louis Grégori en profite pour tirer à deux reprises sur Alfred Dreyfus, présent pour rendre hommage à son grand défenseur.

Ce dernier, touché au bras, n’est que légèrement blessé. Comble de l’histoire, l’auteur de l’attentat sera par la suite acquitté… Les autorités craignant un embrasement de la société française dans un contexte d’avant-guerre déjà explosif. Peu importe, les hommages rendus à Zola trouveront un écho international, pour un homme qui aura su gagner le cœur aussi bien des élites que de l’ensemble de la population (ph. wiki).

Le cénotaphe d’Emile Zola se situe au cimetière de Montmartre, à Paris.
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