Les soubresauts audois du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte

access_time Publié le 07/01/2022.

Nous sommes le 2 décembre 1851, l’Aude a les yeux tournés vers Paris. En violation de la légitimité constitutionnelle, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.

C’est le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Lequel a des répercussions en province et notamment dans l’Aude. Le matin du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte édicte six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale législative, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République.

Celle-ci, proclamée en février 1848, a duré moins de quatre ans. Si le peuple de Paris ne se révolte pas avec vigueur, les préfets de France sont sur le qui-vive. Celui de l’Aude ne fait pas exception. Un seul endroit fut le théâtre de troubles sérieux sitôt les événements de Paris connus : Chalabre, où des citoyens s’emparèrent de la mairie. Le 5 décembre 1851, sur ordre du sous-préfet de Limoux, présent sur les lieux, le citoyen François Bénet, cordonnier de son état, fut inculpé d’usurpation de fonction et de rébellion.

Encadré de quatre gendarmes à cheval et de ving-cinq hommes de troupes, il prit la direction de la prison de Limoux. Le convoi se trouva bloqué par un attroupement de huit-cents personnes sur la toute de Puivert. La foule permit à François Bénet de s’enfuir et d’éviter ainsi l’incarcération à laquelle il était promis.

Les affaires de Chalabre, l’ombre au tableau

Ce fâcheux incident encouragea le sous-préfet à réclamer à sa hiérarchie davantage de fermeté à l’encontre de le population de Chalabre. « Il est essentiel, Monsieur le Préfet, que nous montrions quelque troupe dans cette localité », écrivit-il, cinq jours plus tard.

Requête acceptée par le préfet de l’Aude qui lui répondit de manière claire et précise : « Il a été décidé qu’un fort détachement de hussards ira appuyer votre troupe de ligne. La colonne expéditionnaire devra se rendre à Chalabre vendredi et y fera exécuter immédiatement les mandats d’arrêt. Une escorte suffisante de troupe de ligne et de gendarmerie sera fournie pour l’enlèvement des prisonniers. »

La perspective incita quelques suspects à se rendre d’eux-mêmes à la prison de Limoux. Huit condamnations furent prononcées pour les affaires de Chalabre, seule véritable ombre au tableau audois.

240 noms de « potentiels »

Si le département ne fut pas le plus belliqueux, il fallait des « chiffres » pour satisfaire Paris. C’est ce que réclamait noir sur blanc le préfet de l’Aude à l’attention du maire de Carcassonne :

« Dans les circonstances actuelles, il est indispensable que l’autorité connaisse bien les artisans de désordre, afin de pouvoir prendre, au besoin, les mesures de répression les plus promptes. Je désire recevoir de vous la liste, aussi exacte que possible, des chefs des sociétés secrètes qui existent dans votre ville, de leurs principaux affiliés et de tous les meneurs du parti socialiste qui, à un moment donné, peuvent pousser à l’insurrection ou à la révolte. Vous voudrez bien en dresser la liste et indiquer avec soin les noms, la profession et, autant que possible, l’âge des individus qui figureront sur cet état. »

L’Aude se devait d’envoyer sa propre liste. Et elle ne fut pas vierge. 240 noms s’y trouvèrent recensés : 56 pour l’arrondissement de Carcassonne, 58 pour celui de Castelnaudary, 22 pour celui de Limoux et… 104 pour Narbonne. Parmi tous ces potentiels fauteurs de troubles, citons Théophile Marcou qui fut, plus tard, maire de Carcassonne et sénateur de l’Aude.

L’Eglise en ordre de marche

En cette époque troublée, un Te Deum fut prescrit par l’Eglise sur « invitation » formelle du ministre. Le préfet de l’Aude s’adressa en ces termes aux sous-préfets et maires, le 4 janvier 1852. Soit un mois après le coup d’Etat :

« Un Te Deum solennel d’action de grâces sera chanté, le 11 janvier prochain, dans toutes les églises paroissiales, pour appeler les bénédictions du ciel sur la grande mission que le peuple français vient de confier à M. le Président de la République. Quand on réfléchit à ce que nous étions le 2 Décembre et à ce que nous sommes, on se sent un immense besoin de remercier Dieu qui a inspiré à Louis-Napoléon Bonaparte la courageuse résolution de nous préserver de l’anarchie… »

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