Katia Ortega : « La prise de vue est une capsule temporelle »

access_time Publié le 11/08/2023.

Connaissez-vous l’Urbex ? Il s’agit d’aller photographier de façon artistique des endroits abandonnés et laissés en l’état pour différentes raisons. Une activité qui relève de l’enquête. L’Audoise Katia Ortega nous explique les dessous de sa passion.

Quel est votre parcours photographique ?

Je pratique la photo en amateur depuis plus de 25 ans. Je suis autodidacte en la matière et je me suis formée au fil du temps. Je suis déclarée comme photographe depuis un an.

Comment avez-vous connu le concept Urbex ?

Il y a neuf ans, en allant faire réparer mon ordinateur dans la boutique informatique où j’avais l’habitude d’aller, le technicien (qui savait que je pratiquais la photographie) me parle d’un domaine avec un château à l’abandon. Il m’explique que ce lieu serait l’endroit idéal pour prendre de belles photos.

Nous y sommes allés avec mon mari et nous avons été subjugués par la grandeur de ce spot. Nous y sommes restés des heures à le visiter et le photographier et de là est née une véritable passion, voir même une addiction.

Qu’est-ce qui vous plaît dans l’Urbex ?

Tout me plaît, de la recherche qui peut être une véritable enquête, à l’infiltration/exfiltration du lieu sans être vu. La prise de vue bien évidemment, l’adrénaline pendant l’entrée et la visite. Dans chaque spot, nous cherchons des papiers
pour comprendre le pourquoi de l’abandon, le nom du propriétaire et l’histoire du lieu.

Découvrir de vieux objets et s’imaginer la vie qu’il pouvait y avoir et essayer avec la photo de faire ressentir la même émotion que j’ai pu y ressentir. Puis nous aimons notre patrimoine, l’architecture, j’ai un faible pour l’art déco, l’Histoire et le goût de l’aventure.

« J’aime aller loin dans mes recherches »

Comment dénichez-vous ces endroits assez incroyables ?

Je me sers souvent de Google Earth et je passe des heures à quadriller la France à la recherche de nouveaux
lieux. Je me sers aussi de moteurs de recherche comme Google en tapant des mots clés, ainsi que des vidéos trouvées sur Youtube. A partir de photos, nous cherchons des indices, c’est passionnant. J’aime aller loin dans mes recherches et
quand je le peux je fais la généalogie des propriétaires.

Il existe des groupes Urbex sur Facebook, pour poster ses photos mais nous gardons les localisations secrètes afin de préserver les lieux.

Vous arrive-t-il de faire chou blanc ?

Oui et cela fait partie du jeu ! Il suffit que le lieu soit fermé et dans ce cas nous avons fait des kilomètres et des
heures de recherches pour rien. Nous entrons dans les lieux uniquement lorsqu’il y a déjà une ouverture : trou,
fenêtre ou porte, sous-sol. Je préfère tout de même entrer par la porte lorsque c’est possible !

Qu’est-ce qui est le plus passionnant : la recherche ou les prises de vues ?

J’avoue les deux ! Mapper (chercher sur Map) c’est facile, le soir une fois les enfants au lit, devant la télé je prends ma tablette et je cherche, je me constitue une carte où je mets les points trouvés avec mon mari. La prise de vue c’est une capsule temporelle, car le temps s’est arrêté dans les lieux et quand nous y entrons et le visitons c’est pareil, le temps s’arrête et nous sommes surpris d’être restés quatre heures dans un lieu sans voir le temps passer.

« Un mélange de peur, d’adrénaline et d’excitation »

Avez-vous une limite géographique ou l’attrait de l’insolite peut vous faire faire de nombreux kilomètres ?

Nous avons des points partout en Europe mais surtout en France et nous sommes loin de les avoir tous visités. Cela peut nous arriver de faire des milliers de kilomètres en un seul « road trip Urbex ». Une fois en une semaine, nous avons parcouru plus de 5000 kilomètres.

Pour visiter un super spot, on va loin oui ! Pour l’instant nous faisons nos road trip en voiture et le spot le plus loin que nous avons visité se situe à la frontière du Luxembourg donc à l’autre bout de la France.

Que ressent-on lorsqu’on pénètre dans un endroit abandonné ?

Un mélange de peur, d’adrénaline et d’excitation avant l’entrée et une fois dedans, l’adrénaline reste, mais il y a la surprise, la curiosité, aussi la tristesse de savoir que ce lieu va disparaitre à cause des dégradations dues au temps et parfois à la bêtise. C’est une véritable addiction.

Et lorsque tu en ressors, tu ressens une grande satisfaction d’avoir eu la chance d’explorer un fabuleux château ou un vieux manoir encore entièrement meublé, une immense usine avec les machines à l’intérieur ou encore des sanatoriums, anciens pensionnats, prisons avec les lits encore dans les cellules etc… Parfois de la fierté d’être arrivé à escalader un mur, passer par une fenêtre ou grimper sur une vieille échelle en bois.

Avez-vous le sentiment de flirter avec la légalité ?

Nous sommes très respectueux des lieux et nous n’entrons jamais par effraction. Nous ne touchons à rien mais nous savons que nous sommes dans une propriété privée car en France, même un logement à l’abandon appartient à quelqu’un, voire à plusieurs personnes car souvent l’abandon est lié à une succession complexe et à l’indivision.

Le principe est de ne jamais dévoiler les adresses des lieux que vous photographiez ?

Effectivement, car nous avons des règles tacites :
– Ne pas diffuser ni partager les
localisations ;
– Ne pas montrer les façades ;
– Ne pas forcer ni casser pour entrer ;
– Ne pas voler ;
– Ne pas dévoiler le vrai nom du lieu ;
– Ne pas laisser de trace de son passage sauf nos traces de pas et ne repartir qu’avec ses photos.

Tout cela pour préserver les lieux. Cela semble logique quand on a le bon état d’esprit !

« Des photos, toutes uniques, qui racontent une histoire »

Vous avez dû voir de tout…

En neuf ans, nous avons pu visiter beaucoup d’endroits : prisons, châteaux, manoirs, usines, maisons, mas, sanatoriums, cliniques, casernes et hôpitaux militaires, bunkers, églises, chapelles, cloîtres, boîtes de nuit, casinos, hôtels, complexes hôteliers, anciens thermes, orphelinats, pensionnats, villages abandonnés etc… aussi des pianos et autres véhicules abandonnés dans les champs et j’en oublie sûrement ! Tout cela pour prendre de jolies photos toutes uniques et qui racontent une histoire.

Y a-t-il un endroit qui vous a marqué plus que les autres ?

Un des lieux qui m’a marqué est le château dit « des mages », visité il y a quelques années déjà. C’était un magnifique manoir endormi sous son lierre depuis des décennies et que l’on découvrait après avoir traversé une forêt. On entrait par une portefenêtre située sous un jolie porche en pierre, un nain de jardin nous y accueillait. On arrivait directement sur la magnifique bibliothèque et son majestueux bureau en son centre et les nombreuses statues entourant toute la pièce.

Puis dans le petit salon avec de magnifiques vitraux, où le soleil entrait en diffusant des éclats bleus et or. Un harmonium trônait dans cette pièce. Ce manoir fut une fabuleuse visite, avec pleins d’objets anciens dont des jouets des maquettes d’époque tels qu’une maison miniature ou le théâtre de guignol. Je pense que les enfants qui jouaient ici devait être heureux.

De quoi vous serrer le cœur !

La belle histoire c’est que la famille a repris le manoir l’hiver 2022 afin de le réhabiliter. On peut donc le voir s’éveiller doucement sur Facebook ou Instagram sous son nom d’Urbex. Lorsqu’on apprend qu’un endroit est sauvé, c’est super et nous sommes heureux de le voir renaître.

Deux premiers prix Katia Ortega vient d’exposer à La Palme avec Art et vin, à Montolieu pour Aude aux arts à Montolieu. Elle est attendue aux Vendanges de l’Art à Leucate (15 au 17 septembre). On peut la retrouver chaque mercredi soir au marché artisanal de Port-La Nouvelle avec ses photos qui ont obtenu deux premiers prix à Bessan et Sérignan.

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