Montolieu : une nouvelle ère s’ouvre pour la Coopérative-Musée Cérès Franco

access_time Publié le 24/02/2023.

Montolieu : une nouvelle ère s’ouvre pour la Coopérative-Musée Cérès Franco

La Coopérative-Musée Cérès Franco a baissé le rideau fin octobre sur la saison 2022 et son exposition « Féminin Plurielles ». Une belle saison qui a symboliquement qui a pris fin lors du chaleureux hommage rendu à Cérès Franco une semaine plus tôt.

L’exposition de la commissaire Michela Alessandrini mettait un terme à un cycle de huit années d’expositions, de conférences, de rencontres de personnalités du monde de l’art et de nombreuses visites d’élèves de la région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée dans le cadre de la médiation mise en place par le musée.

Acteur culturel majeur du territoire

Depuis 2015, et son ouverture au public, La Coopérative-Musée Cérès Franco s’est installée dans le paysage culturel de Montolieu, Carcassonne Agglo, le Département de l’Aude et la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. Des liens forts ont été créés avec de nombreux autres lieux culturels, établissements scolaires et partenaires qui font aujourd’hui du musée, un acteur culturel majeur du territoire.

Une structure qui a reçu aussi la reconnaissance de nombreux observateurs du monde de l’art, commissaires d’exposition comme Jean-Hubert Martin, artistes mais aussi journalistes spécialisés. Aujourd’hui, une nouvelle ère s’ouvre. Elle débute par plusieurs mois de travaux pour mener à bien un projet porté par les collectivités (Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, Département de l’Aude, Carcassonne Agglo et commune de Montolieu) réunies au sein du GIP (Groupement d’intérêt Public).

Le musée s’engage aussi dans une procédure afin d’obtenir le label « Musée de France » et l’équipe travaille pour étudier, conserver et valoriser la collection et les archives ainsi que pour préparer la réouverture du nouveau musée. Les travaux d’agrandissement et de rénovation visent à faire de ce lieu, ancienne cave coopérative datant de 1939 qui avait été transformée en galerie au début des années 2000, un véritable musée.

Le cabinet Passelac & Roques, qui a été associé à RCR architectes pour le projet du musée Soulages à Rodez, a dessiné le nouveau musée Cérès Franco. Un projet ambitieux qui permettra de créer des réserves pour accueillir les 1 651 œuvres ayant fait l’objet de la donation.

L’espace d’exposition sera agrandi et sera aussi créé un espace de médiation, plus de 2 000 enfants et jeunes sont accueillis chaque année dans le cadre de visites pédagogiques ; un lieu de documentation et d’archives mais aussi des nouveaux bureaux pour le personnel ainsi qu’un accès pour les personnes en situation de handicap. Les travaux devraient être terminés fin 2023.

La Coopérative-Musée Cérès Franco tableaux

Céres Franco

Cérès Franco est née en 1926 au Brésil et décédée le 16 novembre 2021 à Toulouse. Au gré de ses lectures et découvertes, elle développe très tôt une passion pour les arts. Après avoir suivi des études d’histoire de l’art à l’université de Columbia et à la New School de New York, elle part compléter sa formation en Europe.

En 1951, elle s’installe à Paris qu’elle prend comme base, visite les grands musées et galeries d’Europe et devient critique d’art. Elle se passionne pour toutes les formes d’expérimentations picturales, mais elle est spontanément attirée par celles dont les modes d’expression contournent ou remettent en cause les normes et les codes en vigueur.

C’est ainsi qu’elle s’attache par exemple aux artistes qui ont fondé le mouvement CoBrA. En 1962, elle organise sa première exposition de peinture à Paris où elle demande aux artistes de travailler sur un format ovale ou rond. Cette exposition s’intitule L’Œil de Bœuf.

Ce nom deviendra l’emblème des différentes manifestations qu’elle concevra par la suite, et le nom de la galerie qu’elle ouvrira dix ans plus tard. L’année suivante, elle réalise également sous le patronage de Jean Cocteau, une grande exposition à Paris, Formes et magie.

Elle y rassemble des sculptures de Picasso, Henri Laurens, Max Ernst, Takis, Dodeigne, Arp, César, Etienne Martin, Germaine Richier… En 1965 et 1966, elle présente une sélection d’artistes vivants à Paris au Musée d’art moderne de Rio de Janeiro : Opinio 65 puis Opinio 66.

La Coopérative-Musée Cérès Franco femme

Dans les Corbières

Le gouvernement brésilien la charge en 1972 d’organiser la sélection des meilleurs artistes pour la Triennale d’art naïf de Bratislava. La section brésilienne reçoit le prix de la meilleure sélection nationale. Dans sa galerie, qui voit le jour en 1972, elle soutient des artistes issus de la Nouvelle Figuration qui s’opposaient au minimalisme pictural de l’époque, mais également des artistes en exil venus d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est, fuyant les dictatures de leurs pays et qui trouvaient, alors en Paris, un lieu où s’exprimer en toute liberté.

Marcel Pouget, Jean Rustin, Michel Macréau, Jacques Grinberg, Corneille, Abraham Hadad et tant d’autres comptent aussi parmi ses invités. Parallèlement, et sous l’œil bienveillant de Jean Dubuffet, elle montre plusieurs artistes qualifiés – à l’époque – d’artistes bruts ou singuliers (Stani Nitkowski, Jaber, Chaïbia, Christine Sefolosha).

Laleriste noue des liens d’amitié forts et se nourrit d’échanges complices entre tous ces artistes qui se retrouvent donc tout naturellement dans sa collection. Année après année, la collection s’enrichit pour compter aujourd’hui plus de 1 700 œuvres.

En 1994, Cérès Franco acquiert deux maisons à Lagrasse dans les Corbières et y installe sa collection qu’elle ouvre au public. En rejoignant la Coopérative de Montolieu en 2015, l’idée de transférer cette collection de façon pérenne en terre audoise fait son chemin.

Fruit de rencontres et d’amitiés, la collection Cérès Franco permet de retracer la vie d’une femme qui a marqué les milieux artistiques en défendant des artistes, en toute indépendance et en s’intéressant à des formes d’art qui n’ont pas toujours leur place dans les musées et qu’Itzhak Goldberg appelle « la face cachée de l’art contemporain ».

La Coopérative-Musée Cérès Franco

Eclectique

Résolument internationale, la collection de Cérès Franco est constituée d’un ensemble exceptionnel de plus de 1 700 œuvres de la seconde moitié du XXe siècle et du XXIe siècle. Naïfs brésiliens et européens, art populaire sud-américain, art brut, autodidactes, singuliers ou encore artistes historiques issus du mouvement CoBrA ou de la Nouvelle figuration, la provenance des œuvres traduit un goût éclectique pour un art situé en marge des grands courants adoubés par les institutions et la critique, à savoir l’art abstrait et conceptuel d’après-guerre.

Longtemps boudées, ces productions connaissent, depuis quelques années seulement, un regain de visibilité et de reconnaissance au sein des grands musées internationaux (Centre Georges Pompidou, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Musée d’art et d’Histoire du Judaïsme, LaM à Villeneuve d’Asq), mais également auprès des collectionneurs.

Sa collection a pour spécificité de réunir sous un même toit des œuvres réalisées avec des techniques très diverses (peintures, sculptures, dessins, gravures, installations… ) et un large éventail de courants figuratifs, où sans volonté de hiérarchie, l’art populaire côtoie celui des singuliers et des courants plus académiques.

Si bien des œuvres échappent au jeu des définitions et des catégories, certaines tendances se dessinent. Au cours des cinquante dernières années, les choix artistiques de Cérès Franco ont été marqués notamment par son goût prononcé pour l’art naïf et l’art populaire ; son goût pour des artistes de l’imaginaire.

Une des originalités de sa collection tient justement à ce qu’elle restitue aujourd’hui plus que jamais, dans une troublante concomitance avec l’actualité, le questionnement que les artistes posent sans relâche à leurs contemporains, parce qu’il est dans leur rôle d’éclairer une société qui se cherche ou qui s’interroge sur son devenir.

La plupart d’entre eux répondent au besoin impérieux d’exprimer comme une libération les émotions les plus vives, les sentiments les plus intimes ou les blessures les plus douloureuses qu’ils portent en eux. « C’est une femme qui n’avait peur de rien, et qui s’ouvrait à des artistes difficiles », a confié le critique d’art Laurent Danchin à propos de Cérès Franco.

En effet, toutes les œuvres qu’elle a rassemblées répondent aux engagements artistiques qu’elle a toujours proclamés à partir de ce mélange culturel subtil qui est le sien. Les œuvres peintres, sculptées ou dessinées par différentes générations de peintres et de créateurs portent témoignage de la richesse et du talent de leurs auteurs autant que de son propre engagement artistique personnel.

(Photos/Montolieu/Grand Carcassonne Tourisme/Conseil départemental Aude/Idriss Bigou-Gilles)

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