Aude au voyage : le salin de Campignol, nid douillé pour oiseaux menacés

access_time Publié le 22/06/2024.

Dominique Clément, salin de Campignol juin 2024 © Cyril Durand.

La période de nidification bat son plein dans cette zone de 70 hectares à Gruissan, sous la surveillance d’un oiseau rare : Dominique Clément, coordinateur de l’association Aude Nature. 

Alors que la voiture utilitaire cahote sur le chemin de terre menant à l’ancien salin de Campignol, le conducteur s’arrête brusquement au passage d’une cigone tenant en son bec une anguille. « Je vais la lire », explique-t-il en se glissant sans un bruit à l’extérieur de l’habitacle. Lui, c’est Dominique Clément, maître ès oiseaux et coordinateur de l’association Aude Nature. Et par lire, il faut comprendre « observer au téléscope la bague sertie sur l’une des pattes graciles de l’échassier ». « C’est bon, je l’ai lu, dit-il regagnant sa place derrière le volant. C’est FBWZ, je la connais, elle niche dans le coin.» 

L’ornithologue passionné est ici chez lui, sur ses terres, qu’il partage pour son plus grand plaisir avec une centaine d’espèces d’oiseaux différentes venant en ces lieux pour se balader, manger ou nicher. « Il y a ici le gîte et le couvert dans un espace restreint », sourit-il en mettant pied à terre. 

« C’est une zone de substitution»

Autrefois salins, hier élevage de gambas, les bassins et les digues de terre balayées par le vent marin sont aujourd’hui un site protégé de 70 hectares interdit au public du 1er avril au 15 août afin de favoriser la reproduction des laro-limicoles. Propriété du Domaine public maritime, il est classé Natura 2000 et se situe sur le territoire du Parc naturel de la narbonnaise en Méditerrannée. « Rien ne peut se reproduire sur le littoral, c’est un catastrophe, regrette Dominique Clément. Ici, on est une zone de substitution au littoral.» Surfréquentation, trafic routiers, tourisme permanent… « Actuellement, il y a tellement de pression sur les milieux où les oiseaux se reproduisent, en bord de mer, que l’on est obligé de faire des aménagements en retrait », explique l’ornithologue qui se bat bec et ongles pour la protection de ses chers volatiles.

Dominique Clément, coordinateur d’Aude Nature © Cyril Durand.

Après 14 ans passé à la LPO, il a décidé de voler de ses propres ailes en fondant l’association Aude Nature en 2006.  « Le but était que l’on puisse donner notre avis de naturaliste dans des réunions quand il y a des projets ou des comportements anormaux », dit-il.

« La biodiversité, un pansement sur une jambe de bois »

En effet, selon lui, « on parle depuis des décennies du partage de l’espace, aujourd’hui il n’y a pas de partage de l’espace, tout est pour le sport nature, pour le tourisme. C’est le tout tourisme et la biodiversité, c’est un pansement sur une jambe de bois. C’est limite du green washing, il n’y a pas de vraies actions de protections ou alors cela se fait sur un temps tellement long que l’on a le temps de voir disparaître les espèces. »

Avocette élégante © J.-L. Guillemenet / Aude Nature.

Pour ne pas rester les bras ballants face à ce constat, il a lancé, entre autres actions, un projet sur ce site en 2018 en  aménageant un ilôt pour la reproduction des laro-limicoles réalisé par la déconnection d’une digue existante en deux points afin de limiter la prédation terrestre et le dérangement en maintenant un niveau d’eau suffisant*.

« La protection de la nature, c’est Don Quichotte »

Interdiction de s’approcher mais on peut observer en cette fin de matinée du mois de juin à travers l’oeil du téléscope plusieurs poussins courir le long de la grève de cet ilôt sous l’oeil maternelle d’une avocette élégante. « En France, on est incapable de protéger les oiseaux alors qu’en Catalogne espagnole, par exemple, pendant la nidification 4 km de plages sont fermés », poursuit l’ornithologue en reprenant sa marche au milieu des salins. Puis, il s’arrête net en attendant le cri d’un petit oiseau. « C’est un gravelot à collier interrompu qui alarme. Quand il alarme, c’est qu’il y a un nid pas loin. » Prière de marcher avec prudence. 

L’aménagement d’Aude Nature semble porter ses fruits car avocettes élégantes, gravelots, sternes naines et sternes pierregarins viennent y faire leurs nids. Certes, mais c’est encore trop peu au goût du passionné. « Ce que l’on regrette, c’est la lenteur, mais on arrive quand même à avancer petit à petit avec nos partenaire», relativise l’infatigable militant tout en soufflant : « La protection de la nature c’est ça, c’est Don Quichotte. » Heureusement pour les oiseaux, Dominique Clément ne brasse pas que de l’air.

Cyril Durand

* Financé par Europe et Région. Le plan de gestion du site et les actions futures (chiroptères, reptiles, amphibiens, oiseaux, plantes et insectes) sont financées par l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse et le Département de l’Aude.

Sterne naine © J.-L. Guillemenet / Aude Nature.
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