Arno Vargas, originaire de Saint-Pierre-la-Mer, s’est reconstruit grâce au sport

access_time Publié le 26/04/2021.

Devenu handicapé moteur à la suite d’un accident de la route, il y a six ans, Arno Vargas, originaire de Saint-Pierre-la-Mer, s’est reconstruit grâce au sport et un mental qui force le respect.

Leçon de vie d’un jeune homme de 23 ans, résolument optimiste. On vous prévient : ça fait du bien…

Quelle était votre vie de sportif avant votre accident ?
Avant mon accident j’étais un jeune homme avide de sport. Je jouais au rugby à l’Entente Fleury/Salles/Coursan et je venais d’arrêter mon tutorat avec le RCNM. En même temps je pratiquais la boxe taï mais seulement comme un loisir et non pas pour la compétition. J’ai toujours fait énormément de sport : du foot, au water polo en passant par le karaté, mais toujours comme loisir, sans prétention aucune.

Par quelles phases passe-t-on quand on se découvre soudainement privé de ses membres inférieurs ?
On commence par pleurer un bon coup et se défouler pour extérioriser le choc que cela nous fait. Ensuite, à l’entrée en chambre d’hôpital après la chambre de réa, je me suis de suite dis qu’il fallait que je trouve un sport et que je me remette rapidement «sur pied» pour reprendre ma vie. J’avais cet objectif en tête, mais également celui d’honorer la mémoire de mon ami et frère de cœur disparu.

Le sport a en quelque sorte été votre moteur ?
J’ai donc commencé par une phase d’adrénaline intense dans laquelle le sport, l’activité physique et l’envie d’utiliser des prothèses étaient intenses. Puis je me suis entraîné avec prothèses, sûrement pour remarcher. J’oubliais un peu mon handicap quand je faisais ce sport. J’étais plus centré sur l’activité physique. Néanmoins, cela pouvait ressembler à du déni. En réalité, même si je gardais le sourire, accepter le handicap restait quelque chose de compliqué. Par la suite, notamment avec la reprise des études, on a juste envie de reprendre une vie normale et d’être comme tout le monde. En parallèle j’ai commencé le rugby-fauteuil, qui m’aidait à mieux accepter cette transition. Lors de la deuxième année d’études, j’ai intégré les Dragons Catalans. J’ai appris, cette année-là, à gérer le regard des gens, à m’accepter plus facilement grâce au sport et aux Dragons et à me concentrer sur les études pour revenir en force dans la vie active.


«Mes proches sont mes piliers et ma force»

Comment s’est passée la troisième année ?
C’est la plus dure car il y a une petite baisse de moral. On se remet en question. Mais ce ne dure pas longtemps. Plein de choses m’on remotivé : le sport, la famille, les amis et même les cours. Ce soutien et l’envie de revoir tout le monde m’ont aidé à accepter tout ça plus facilement. Je me suis recentré sur moi-même. Un bon coup de pied aux fesses et je suis allé de l’avant avec encore plus de force.

Et aujourd’hui ?
Maintenant, il n’y a plus vraiment de soucis. J’ai tout accepté. Je suis fier de qui je suis et de mes jambes robotiques. Je les trouve stylées (rires). Aujourd’hui, je me concentre sur mes études en architecture d’intérieur et design, sur la réussite sportive et sur comment améliorer au fur et à mesure ma vie et la faire évoluer. On ne change pas sa vie quand on est handi : on l’adapte.

Dans cette période d’acceptation, quelles personnes ont compté pour vous ?
Ma famille, mes amis, mes connaissances et même les gens que je ne connaissais pas. Tout le monde a eu son importance, mais mes proches ont été exceptionnels. Ils sont mes piliers et ma force. Grâce à eux, je développe ma volonté et il sont là pour m’élever, me pousser vers le haut, me relever. Je remercie toute ma famille, mes amiset ma chérie pour leur soutien et l’amour qu’ils me portent.

Etre sportif à la base ça aide en terme de thérapie ?
Quand on est sportif, on développe une mentalité par rapport au travail sur soi-même. Personnellement, ça m’a aidé. Mais c’est aussi l’éducation que j’ai eue. Mes parents m’ont toujours appris à poser un genou à terre, à me recentrer puis me relever en essayant toujours de ne pas se laisser abattre comme de tirer du positif d’une mauvaise situation. Malgré tout, c’était dur et c’est là où le sport est intervenu. L’avantage d’en avoir fait et d’en refaire de quelque façon que ce soit. Marcher en prothèses et s’entraîner pour remarcher, c’était du sport intensif avec mon kiné Gaétan, quelqu’un de génial, qui m’a beaucoup appris et aidé.

Votre nature, foncièrement optimiste, vous a-t-elle t’a bien aidé ?
Énormément ! Le mental, qui m’a été inculqué avec amour par mes parents, m’a servi de pilier. Être optimiste quand on ne voit aucune issue, cela permet de se motiver, d’ancrer sa motivation dans son cœur et dans sa tête et de ne rien lâcher pour atteindre son but.

S’adapter à une nouvelle vie plutôt que regretter l’ancienne a été votre credo ?
Mon mantra est que mon ancienne vie forge ma nouvelle. L’accident fut un passage compliqué et impactant dans ma vie. Il m’a forgé, au fur et à mesure, je dirais, un mental plus fort, capable de plus d’optimisme et de plus de détermination. J’accepte ma nouvelle vie; je ne regrette pas l’ancienne, même si souvent j’aimerais bien récupérer mes jambes pour repartir jouer au rugby au village avec les copains (rires).


«Le rugby-fauteuil à XIII est un sport de visionnaire»

Parlez-nous du rugby à XIII en fauteuil ?
C’est un sport de contact, d’agilité, dans lequel il faut faire preuve de technique et être très physique. Le rugby fauteuil à XIII est un sport de visionnaire ! Jamais je n’ai dû, en sport, faire autant preuve de maîtrise. De soi d’abord, mais également de corps et de son fauteuil.

C’est un sport complet, spectaculaire, qui offre impact, agressivité saine, physique et un spectacle technique impressionnant. Tout les joueurs et joueuses que je côtoie dans ce sport sont des intellects à mes yeux.

Comment arrivez-vous à gérer le regard des autres ?
J’ai appris à accepter que l’on est tous attiré visuellement par l’inconnue. Moi le premier je ne peux m’empêcher de regarder quelqu’un d’autre d’handi ou qui arbore quelque chose que je ne connais pas. La curiosité n’est pas malsaine tant qu’elle est accompagnée de sympathie.
Néanmoins, j’adore les enfants car leur insouciance à l’égard de mes jambes robotiques est géniale ! Aucun filtre chez eux : ils disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mais jamais de manière méchante. J’adore parler avec eux et leur expliquer ce qu’est une prothèses et à quoi elle sert.

A 23 ans et toute la vie devant vous, quels sont vos projets ?
Sportivement, intégrer le groupe France de rugby à XIII fauteuil pour participer à la Coupe du monde 2021 en Angleterre. J’entends continuer de me régaler dans tout sport et pouvoir reprendre l’aviron plus tard. J’espère réussir dans mes études. J’intègre, l’an prochain, un Master en architecture d’intérieur et design.

L’objectif est de l’obtenir puis de travaille et, plus tard, de créer peut être mon agence. Elle proposera, bien entendu, une adaptation à tout le monde des villes et des logements. J’aimerais pouvoir vivre du sport et de mon futur métier et, un jour, avoir une reconnaissance dans les deux domaines pour pouvoir m’y épanouir pleinement.

«J’aime la vie et tout ce qu’elle peut offrir»

Le handisport est-il assez reconnu à tes yeux ?
Je sais ais qu’il y a déjà eu une «grande avancée». Néanmoins, à mes yeux c’est encore peu reconnu et cela suscite encore trop peu d’intérêt. Il faudrait que les marques, les entreprises ainsi que les représentants sportifs s’intéressent au handisport et à des sportifs pour comprendre qu’ils sont juste extraordinaires et que les sports sont géniaux à voir.

De par notre handicap, nous sommes doublement athlètes, donc je pense que nous méritons plus de reconnaissance. Et cela se fera une fois que le handisport sera plus reconnu.

En quoi êtes-vous ce qu’on appelle un touche-à-tout ?
Alors là, je pense que c’est sans doute dû ma curiosité. Je suis avide de connaissances et J’adore tout essayer.

J’aime tout les sports, j’adore en faire, en découvrir, et même quand c’est difficile ( ce que je préfère généralement). J’apprécie le fait d’apprendre et galérer pour réussir. J’aime la vie et tout ce qu’elle a à offrir.

Un message à faire passer à ceux qu’on appelle communément les valides ?
Apprenez à mieux connaître le monde du handi, n’en ayez pas «peur». Découvrez que la vie que mène la plupart d’entre nous est fantastique. Et que derrière chaque personne se cache une histoire. Nos vies sont similaires, on doit juste s’adapter. Mais je vous assure qu’on est top !

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