L’Holodomor : un traumatisme ukrainien ravivé par la guerre

access_time Publié le 06/07/2022.

L’invasion russe de l’Ukraine a réveillé bien de sombres souvenirs. L’un d’eux en particulier résonne d’autant plus que Moscou semble aujourd’hui prendre le contrôle de la production agricole ukrainienne, ce qui pourrait engendrer de terribles répercussions.

L’Holodomor est un événement plutôt méconnu de l’histoire européenne. Il faut pour le comprendre remonter à presque un siècle en arrière. En 1930, l’Union soviétique est alors stabilisée. Après les affres de la révolution bolchévique initiée en 1917, le gouvernement communiste s’est emparé du pouvoir et a consolidé son autorité sur la quasi-intégralité de l’ancienne Russie impériale.

L’Ukraine, indépendante depuis le traité de Brest-Litovsk signé en 1918 et la victoire allemande sur le front de l’est, paiera les conséquences de la victoire finale de l’Entente lors de la Première Guerre mondiale. Une fois les puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire Ottoman) vaincues, les accords précédemment conclus seront alors considérés comme caduques par l’état soviétique, qui verra là l’opportunité de regagner les territoires perdus (pays baltes, Finlande, Pologne et Ukraine).

De tous ces anciens territoires précédemment cités, seule l’Ukraine finira par retomber dans le giron bolchévique. Battus à Varsovie lors du fameux « Miracle de la Vistule », les Soviétiques devront dire adieu à leur ambition de revenir aux anciennes frontières de l’empire tsariste.

L’Holodomor ou « extermination par la faim »

Une fois les conflits terminés et la situation stabilisée, Joseph Staline renforcera progressivement sa main mise sur l’ensemble de l’Union soviétique, entreprise débutée depuis la mort de Lénine en 1924. La mise en place de politiques socialistes à l’économie planifiée s’effectue alors progressivement, pour aboutir aux premières collectivisations d’état.

L’Ukraine, territoire fertile et grenier à blé de l’URSS, a une importance économique toute particulière. Sa production de blé et d’autres céréales en fait l’un des fournisseurs majeurs en denrées alimentaires. Une situation qui va là aussi coûter très cher aux Ukrainiens…

La collectivisation des productions se met alors en place. Elle aura de terribles répercussions. Les autorités soviétiques prélèvent des quantités astronomiques de nourriture (41,5% de la production ukrainienne totale en 1931), afin de les répartir « équitablement » selon le plan initial. Dans les faits, les conséquences sont terribles : les Ukrainiens n’ont plus de quoi se nourrir, la famine va alors frapper de plein fouet.

Nous sommes dans les années 1932-1933. Si les chiffres du nombre de victimes sont très approximatifs du fait de l’absence de données établies par le gouvernement soviétique, même les estimations les plus basses font froid dans le dos. Les sources les plus fiables évaluent le nombre de morts entre 2,6 et 5 millions, sur une population ukrainienne d’environ 30 millions d’habitants en 1931.

Une famine organisée ou une tragédie désorganisée ?

Si la Russie avait déjà connu des épisodes de famine dans son histoire, c’est en revanche la première fois qu’un gouvernement occidental passe sous silence un tel cataclysme humain. Plusieurs théories s’opposent alors sur les raisons d’un pareil désastre. Comment un état qui exporte officiellement aux début des années 1930 des millions de tonnes de céréales a pu en parallèle causer la mort par famine de millions de ses habitants ?

Beaucoup y ont vu là des mesures de représailles de la part du pouvoir central, certains évoquant même un « génocide par la faim ». En effet, les Ukrainiens n’ont jamais caché leur sympathie pour les ennemis allemands, lorsque ces derniers sont venus les libérer du joug russe à l’issue de la Guerre 14-18. En parallèle, le bolchévisme n’a trouvé que très peu d’écho en Ukraine lors de la Révolution. La collectivisation forcée de leurs stocks de nourriture a-t-elle constituée un moyen d’affaiblir et de punir une région jugée trop « indépendante »?

D’autres historiens ont plutôt vu en l’Holodomor une incompétence dramatique de la nouvelle administration soviétique. Une somme de décisions basées sur de mauvaises données, appliquant à la lettre les consignes d’une bureaucratie non au fait de la réalité, avec des résultats à atteindre complètement surévalués. Une politique du chiffre dans le cadre d’une économie planifié (les fameux plans quinquennaux) d’un état totalitaire au fonctionnement encore balbutiant.

Plus qu’un parallèle avec l’actualité

Difficile de ne pas faire l’amalgame avec ce qu’il se joue aujourd’hui sous nos yeux en Ukraine. En particulier lorsque la Russie de Vladmir Poutine prend le contrôle des régions agricoles du sud mais aussi de la la Mer Noire, et avec elles des exportations de blé par voie maritime. Une situation préoccupante, quand on sait que beaucoup de pays, et notamment en Afrique, sont dépendants de la production ukrainienne pour assurer leur approvisionnement.

Un moyen de pression supplémentaire pour le maître du Kremlin, qui n’hésitera pas à jouer cette carte sur la scène géopolitique. Du point de vue ukrainien en revanche, une telle situation rappelle inévitablement les tragédies passées, immanquablement inscrites dans la mémoire collective d’un peuple qui aujourd’hui se retrouve encore en première ligne de l’Histoire.

(Ph. Picryl)

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