A Puivert, sur les traces de la vie quotidienne en Quercorbès

access_time Publié le 03/05/2023.

Créé dans le cadre du programme « Pays Cathare », le musée du Quercorb met en valeur les arts, les traditions populaires et le savoir-faire de la région du Quercorbès. Ouvert depuis 1992, il est géré par la Communauté de communes des Pyrénées audoises.

Le Quercorb est un petit pays de moyenne montagne situé dans la Haute Vallée de l’Aude à la limite de l’Ariège. Situé dans l’une des plus anciennes maisons du village, au cœur de Puivert, ce musée à la muséographie attrayante permet de découvrir ce petit pays au pied des Pyrénées.

Période médiévale

Il s’articule autour de deux thèmes et deux époques bien distincts. La première partie présente un pays : le Quercorb, à travers son activité économique telle qu’elle a été vécue par les gens ; la seconde propose une période : le Moyen-Âge, à travers des sources historiques et archéologiques.

Gisèle Sabatier, adjointe déléguée au Patrimoine à la Communauté de communes des Pyrénées audoises, maire de Mazuby, précise : « Des scènes visuelles et sonores retracent la vie quotidienne en Quercorb au début du XXème siècle. Pays de forêt, le Quercorb connaît une activité agricole importante. »

« A côté des travaux des champs, les activités artisanales se développent si bien qu’au 18e siècle les villages du Quercorb voient leur nom associé à une production artisanale locale : par exemple, on dit Puivert des flûtes, Belesta des peignes. Les activités sont très diversifiées. « 

Elle ajoute : « A la fin du 19e siècle, c’est vers l’industrie du peigne et du textile que se tournent ces artisans. D’autre part, des reconstitutions d’instruments de musiques médiévaux et des morceaux choisis permettent de découvrir les troubadours et la musique médiévale profane. »

La période médiévale est un des temps forts du Quercorb. Aux 11e et 12e siècles, le Quercorb passe alternativement sous la domination du comté de Toulouse et de la vicomté de Carcassonne-Béziers. Au 13e siècle, les seigneurs du château de Puivert semblent dominer le Quercorb.

Dans ce pays le catharisme s’épanouit et les Congost, l’une des principales familles seigneuriales, y adhèrent.

A Puivert

Chauffe-lit

Dans la maison de village, la cuisine occupe le premier étage avec la chambre ; en bas, une pièce en terre battue sert de remise et au-dessus, le foin est entreposé dans le grenier. La cuisine du Quercorb, étroite et longue, comporte toujours un évier sous la fenêtre pour la lumière et dans la cheminée, où se consument lentement deux bûches, une oule de soupe mijote.

Le topin est présent dans toutes les cuisines. Il s’agit d’une petite marmite en céramique ou en tôle émaillée munie d’un long manche et fermée par un couvercle. Les poêles en fonte émaillé apportent dès le 19 eme siècle un nouveau confort en chauffant à la pièce par rayonnement. Ce sont des appareils de chauffage fermé que l’on charge de combustible, bois ou charbon.

Pour la nuit, la chaufferette se compose d’une boite en fonte et d’un couvercle contenant des braises. La brique en terre réfractaire est placée dans le four de la cuisinière. Le soir, on l’enveloppe de papier et de tissu puis on la glisse dans le lit. Le moine est un chauffe-lit constitué d’une chaufferette suspendue à une armature fuselée en bois.

Procédé secret

La forge est le centre technique et artisanal majeur du village mais aussi le lieu de rencontre des hommes. Et Gisèle Sabatier ajoute : « Le forgeron ferre les chevaux et les bœufs, coupe les cornes de ses derniers lorsqu’elles gênent l’attelage, rivette ces mêmes cornes pour faire le couffin dans lequel reposera la pierre à faux. »

« Il fait aussi les roues et les ferrures des charrettes. Avec la disparition des attelages et la généralisation du tracteur, ces travaux disparaissent et avec eux les forgerons des petits villages qui se reconvertiront dans les travaux de plomberie ou de zinguerie. »

« Dans ce petit pays où les activités se sont toujours partagées entre l’agriculture et l’artisanat, la fabrication des sonnailles est une spécialité de Rivel si bien que l’on parlait de : « Rivel des sonnailles ». Elles sont fabriquées à partir de tôle découpée et pliée à la forme voulue, puis bronzée au four selon un procédé spécifique qui a fait leur réputation. »

« Ce procédé, difficile à maîtriser, était tenu secret et transmis de père en fils. Enfin, de nombreux objets sont fabriqués à partir du jais : Le jais est un lignite dur, noir et très léger. Il s’agit surtout de perles de différentes tailles, rondes ou rectangulaires qui entreront dans la composition de bijoux ou de chapelet ».

Dans l’Aude, les lieux d’extraction se trouvaient à Rouffiac, Dreuilhe, Vilhac, Rennes les Bains. Vers la fin du XIXe siècle, les carrières locales de jais s’épuisent et il est importé d’Espagne. Puis il sera remplacé par les joncs de galalithe qui viennent d’Allemagne et concurrencé par le verre noir de Bohême ou d’Angleterre.

Peu à peu, la mode passe et les dernières entreprises de la région cessent leur activité au début du XXe siècle.

A Puivert

Dernier lieu européen où on fabrique des peignes en corne

En Quercorb comme en Pays d’Olmes, la forêt occupe de vastes espaces, riche en très nombreuses essences. Ces forêts, sources de profits, sont l’objet tout au long des siècles de convoitises et de conflits qui entraînent des réglementations de plus en plus strictes. Bon nombre d’activités en découlent, activités qui ont complètement disparu aujourd’hui : la fabrication des comportes destinées au transport de nombreux produits, particulièrement des raisins.

Les comportes en bois de sapin ou semals sont une des productions artisanales les plus répandues de la région. Elles se vendent dans l’Aude, les Pyrénées orientales, l’Ariège, le Tarn ou la Haute Garonne. Gisèle Sabatier souligne :
« L’activité du peigne en bois dans la vallée de l’Hers est très ancienne. Les usines s’installent à Sainte Colombe, Rivel ou sur le versant ariégeois. Concurrencée par le celluloïd ou la galalithe dans les années 1970, la fermeture des marchés d’exportation va donner le coup de grâce aux usines ».

Actuellement la vallée de l’Hers est le dernier lieu européen où on fabrique des peignes en corne. Le chaisier qui fabrique les barreaux de chaise en hêtre, chêne ou châtaignier, refend le rondin encore vert, à l’aide d’une hache. Puis sur son banc souvent appelé « chèvre », il en élimine le cœur et l’écorce jusqu’à lui donner une forme octogonale. Il affine encore le futur pied en lui donnant sa forme galbée à l’aide d’une plane arrondie.

« Le tournage sur bois est une spécialité de Puivert qui comptait à la fin du 19e siècle une vingtaine de tourneurs. Ils exercent leur activité à plein temps en hiver et en alternance avec les travaux des champs durant l’été. Plus ou moins spécialisé dans un type de production, l’un fera des robinets en buis, l’autre les manches des faucilles ou les sifflets, flûtes, fifres, ou encore les fuseaux et bobinots pour les machines à tisser de Lavelanet, ou de petits ustensiles de cuisine » poursuit Gisèle Sabatier.

Bouilleur ambulant

Le verger du musée date des années 30. Les vergers occupent alors le plus grand nombre d’hectares à Puivert. Poiriers, pruniers et pommiers donnent de bons fruits que chaque famille déguste frais ou en compotes, confitures et jus. Une bonne partie finira dans l’alambic pour donner l’eau-de-vie.

Cette tradition est encore vivante en Quercorb, et les habitants continuent à porter chaque année leurs fruits au bouilleur ambulant Aristide, dans les ateliers publics de Puivert ou de Villefort par exemple. Le verger est aussi une invitation à la promenade autour des variétés anciennes d’arbres fruitiers comme les poires Curée ou les Bons Chrétiens.

Dans la salle de l’Instrumentarium, sculpture, musique et lutherie se conjuguent par un grand moment de plaisir. Au centre, émergeant de la pénombre, les neuf instruments de musique, le luth, le rebec, la vièle à archet, la guiterne, le psaltérion, l’orgue portatif, la flûte, le tambourin et la cornemuse font vis-à-vis aux moulages des sculptures du donjon du château de Puivert.

L’Instrumentarium est né d’une expérience qui a réuni, de 1989 à 1991, des professionnels de l’archéologie, de la musique médiévale, de la lutherie et de la muséographie. Il s’agissait de reconstituer des instruments de musique vivants, faits de bois, de peau et de corde, à partir des modèles sculptés dans la pierre au XIVe siècle.

Ajoutons la salle des troubadours où poètes, musiciens… chantent leur poésie lyrique en langue d’oc. On peut les écouter dans cette salle tout en suivant les textes sur de beaux parchemins et découvrir ainsi la diversité du jeu de rimes et de rythmes inventés par les troubadours.

(Photos Musée Quercorb)

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