Aude : « 3 000 hectares brûlés, c’est déjà le quatrième plus mauvais résultat depuis 50 ans »

access_time Publié le 28/07/2025.

Entretien avec Christian Pouget, préfet de l’Aude, qui dresse un bilan ce lundi 28 juillet du feu de Sigean et plus globalement de la saison.

Où en est, ce lundi, l’incendie de Sigean ?
Nous sommes passés en feu maîtrisé. Ça veut dire qu’il n’y a plus de flammes apparentes et qu’il y a juste des points chauds qu’il faut traiter. Le dispositif a donc été allégé en fonction, on est à présent à 70 sapeurs-pompiers et une vingtaine d’engins qui restent mobilisés. Cette surveillance est programmée pour l’instant jusqu’à jeudi.

La persistance d’un vent relativement fort invite-t-elle au maintien de la surveillance ?
Oui, vu le vent, il est évident que la moindre petite réactivation est susceptible de dégénérer assez vite.

Aujourd’hui, il reste 70 pompiers mobilisés. Au plus fort du combat, combien d’hommes étaient mobilisés ?
On est monté à 630 pompiers engagés. Et au plus fort, on a eu jusqu’à six Canadair, quatre Dash et deux hélicoptères bombardiers d’eau. Nous avons eu des renforts de nombreux départements venus grossir cet important dispositif. En plus de la colonne de la Sécurité civile de Brignoles, qui est pré-positionnée à Lézignan-Corbières, et qui a donc pu intervenir assez rapidement

Avons-nous aujourd’hui des éléments sur l’origine du feu ?
Plusieurs pistes sont actuellement à l’étude. L’enquête est en cours.

Il a encore fallu procéder à des évacuations de camping ?
Nous avons, une nouvelle fois, pu nous appuyer sur une forte mobilisation des maires concernés. Notamment à Sigean et à Port-la-Nouvelle où des gymnases ont été ouverts pour accueillir des gens dans de bonnes conditions. Les maires sont très impliqués. À Port-la-Nouvelle, 400 pizzas ont été fournies aux personnes qui étaient évacuées avant qu’elles ne puissent regagner leur lieu de vacances. Un camping a aussi mobilisé son personnel d’animation pour s’occuper des enfants. Tout cela s’est fait de manière assez détendue.

Un calme qui est peut-être et malheureusement lié à une certaine habitude à présent ?
C’est surtout que nous effectuons les évacuations, à des moments où il n’y a pas de danger immédiat. Nous l’avons fait de manière préventive, pour que justement tout se déroule dans le calme et sans affolement. Et dès que nous avons eu la certitude que le feu n’allait pas arriver jusqu’au camping, à ce moment-là, tout le monde a pu regagner sa caravane ou son mobil-home.

Au plus fort de la mobilisation, six Canadair ont harcelé les flammes de Sigean. ©Sdis 11

L’Aude paie un lourd tribut depuis le début de l’été, combien d’hectares sont partis en fumée sur le département ?
Le bilan du feu de Sigean, c’est 630 hectares parcourus et on va être à environ 400 hectares brûlés. Depuis le début de la saison, on est à quasiment 3 000 hectares brûlés. C’est déjà le quatrième plus mauvais résultat depuis 50 ans. Le « triste » record est détenu par l’année 1976 avec 7 000 hectares brûlés. Après, on trouve l’année 1985 à 4 200 hectares, l’année 1986 à 4 000 et puis donc 2025, à la mi-saison, on est déjà à 3 000.

On a des éléments d’explication sur de tels chiffres pour 2025 ?
Il y a plusieurs éléments. D’abord, le fait que, de manière un peu contre-intuitive, le printemps a été un peu plus pluvieux que d’habitude, ce qui a provoqué de la repousse de végétation là où elle avait été coupée préventivement : le long des voies SNCF, des routes, des autoroutes… Et ensuite, nous avons eu 15 jours de sécheresse forte. Donc tout a séché. Deuxième élément, c’est le vent. Il a quand même été assez soutenu par rapport à ce qu’on a pu connaître les années précédentes.

Après, quand vous regardez sur une période assez longue les bilans des différentes saisons, c’est assez erratique. Il y a des bonnes années et des mauvaises années. On ne maîtrise pas tous les éléments puisque, je le rappelle, les feux sont 9 fois sur 10 d’origine humaine. Et l’origine humaine, ça va du pyromane à l’acte involontaire.

Il y a peut-être aussi un élément d’accélération qu’il faut noter. Avec le réchauffement climatique, vous avez de plus en plus de dégénérescence d’arbres au beau milieu des massifs. Ils meurent sur pied et sèchent. Et forcément, quand le feu passe, il s’en nourrit. C’est un élément que nous avons constaté mais pas encore examiné de manière scientifique.

Enfin, dernier élément : la déprise agricole et l’arrachage des vignes. De manière très claire, les accélérations des feux se font sur les endroits où les vignes ont été arrachées depuis quelques années et qui se sont transformées en friches.

Pour les victimes de ces incendies, professionnels comme particuliers, existe-t-il des dispositifs d’aide ou de prise en charge ?
Alors pour le feu de Bizanet, le procureur les a fortement incitées à déposer plainte. Car à partir du moment où l’auteur est identifié, il y a un volet au civil ouvert. Pour les viticulteurs, il n’y a pas d’aides spécifiques car ce n’est pas considéré comme une calamité agricole mais il y a un recensement qui est fait actuellement. Il faudra de toute façon attendre la fin des vendanges pour mesurer la perte d’exploitation réelle. Tout ne peut pas se faire de manière immédiate.

Propos recueillis par Arnaud Gauthier

Photo : le préfet de l’Aude (à gauche) lors de la venue du ministre Buffet le 1er juillet 2025. ©A.G.

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